Jadis, les Délices

Jadis, les Délices

par François Jacob,
maître de conférences à l’Université de Franche-Comté,
ancien conservateur de l’Institut et Musée Voltaire,

Jeudi 14 mars 2019 à 18 h. 30,

Archives d’État de Genève, Ancien Arsenal,
1, rue de l’Hôtel-de-Ville.

C’est le 2 octobre 1954 qu’est officiellement fondé, à Genève, l’Institut et Musée Voltaire. Theodore Besterman, milliardaire britannique bien connu pour son engagement « voltairiste », y développe un important réseau de publications sur Voltaire et sur le dix-huitième siècle ainsi qu’une bibliothèque aujourd’hui reconnue comme l’une des plus importantes au monde, s’agissant du patrimoine écrit des Lumières.

Soixante ans d’activité ont permis, jusqu’à une date récente, de faire vivre l’ancienne demeure de Voltaire dans l’esprit qui fut celui des fondateurs de l’Institut : exigence scientifique, ouverture à un large public, développement d’une conscience patrimoniale. Or c’est ce dernier point qui mérite d’être interrogé aujourd’hui : il semble en effet que Genève ait des difficultés à définir ce qui, pour elle, relève exactement du patrimoine. Voltaire et, dans une moindre mesure, Jean-Jacques Rousseau font hélas les frais de cette valse hésitation.

François Jacob, auteur de plusieurs ouvrages sur le dix-huitième siècle et conservateur de l’Institut et Musée Voltaire de 2002 à 2016, s’est intéressé à l’évolution de la notion de « patrimoine » en France et en Suisse romande après la Seconde Guerre mondiale. Deux ouvrages sont nés de cette recherche : Jadis les Délices (éd. La Ligne d’Ombre, collection « Mémoires et Documents sur Voltaire », 2018) et Voltaire après la nuit : post tenebras lux. Paris, Moscou, Genève (à paraître).

Pour en savoir plus, interview de François Jacob (émission du lundi 18 février, RTS la première)

© BGE, Institut et Musée Voltaire

 

« Les élections que fait le peuple », République de Genève, vers 1680 – 1707

« Les élections que fait le peuple », République de Genève,
vers 1680 – 1707

par le professeur Raphaël Barat,

Jeudi 28 février 2019 à 18 h. 30,

Archives d’État de Genève, Ancien Arsenal,
1, rue de l’Hôtel-de-Ville.

Au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, alors que des régimes patriciens ont triomphé dans la plupart des républiques européennes, la République de Genève reste une démocratie de jure, où la souveraineté réside dans la bourgeoisie assemblée en Conseil général. Néanmoins, la seule survivance de cette souveraineté théorique réside dans des élections que l’historiographie a souvent réduites à des simulacres, la République étant aristocratique de facto. Comment comprendre alors ce qui se passe quand il ne se passe rien, et raconter l’histoire de ces élections « que fait le peuple » ?

Il s’agira d’abord de mettre à jour les ressorts de la domination aristocratique dans ces élections populaires, de la théorie politique à l’organisation même de l’espace de vote le jour de l’élection, en passant par l’analyse des carrières politiques des magistrats. Mais nous verrons aussi que des grains de sable se glissent parfois dans les rouages, que les électeurs se départissent dans certaines circonstances de leur déférence habituelle, et que des tensions apparaissent quand ces derniers ne sont plus sûrs de pouvoir honorer le serment qu’on leur fait prêter d’élire « ceux qui sont idoines ». Le cas de la République de Genève permet ainsi de mieux comprendre les enjeux et les pratiques du vote d’Ancien Régime, nouveau terrain d’enquête pour les historiens de la période moderne.

Raphaël Barat, docteur en histoire (Lyon 2, 2013) est professeur agrégé d’histoire et chercheur associé au LARHRA-UMR 5190. Ses recherches portent sur l’histoire des pratiques électorales, de la politique populaire et du républicanisme sous l’Ancien-Régime, à travers le cas de la République de Genève au tournant des XVIIe-XVIIIe siècles. Il a publié en février 2018 aux éditions Droz un ouvrage intitulé « Les élections que fait le peuple » (République de Genève, vers 1680-1707), et a co-dirigé un ouvrage collectif à paraître en novembre 2018 aux éditions du CNRS : Histoire(s) d’élection(s). Représentations et usages du vote de l’Antiquité à nos jours.

Projet de médaille sur les « mouvements populaires » de 1707 (AEG, R.C. 207, p. 562).

 

Les Chefs-d’œuvre du Prado à Genève : une exposition refoulée?

Les Chefs-d’œuvre du Prado à Genève : une exposition refoulée?

par Mme Mayte Garcia,
assistante-conservatrice au Musée d’art et d’histoire

Jeudi 24 janvier 2019 à 18 h. 30

Archives d’État de Genève, Ancien Arsenal,
1, rue de l’Hôtel-de-Ville

Dès les premiers jours de la guerre civile espagnole, en juillet 1936, le gouvernement républicain espagnol va mettre en œuvre une série de mesures de protection du patrimoine culturel et artistique sans précédent. Cette campagne de préservation sera relayée par la presse européenne, laquelle va suivre également les différentes étapes de l’évacuation de milliers d’œuvres, d’abord sur le territoire espagnol, puis jusqu’en février 1939, date à laquelle, elles sont accueillies à la Société des Nations. L’envergure de cette opération n’échappera pas aux quotidiens genevois, de même que l’exposition Les Chefs-d’œuvre du Prado au Musée de Genève qui ouvre ses portes le 1er juin 1939 et s’achève le 31 août, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Le succès sans précédent – près de 400’000 visiteurs – avait alors marqué les esprits. Pourtant, aujourd’hui, rares sont celles et ceux qui se souviennent que Dürer, Goya, Velázquez, El Greco, Titien et Raphaël, notamment, passèrent l’été 1939 à Genève. Cette présentation retracera les différentes étapes de cet épisode de l’Histoire du XXe siècle, pour ouvrir la réflexion sur les enjeux liés à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine. À l’heure où les destructions patrimoniales font la une des journaux, l’exposition genevoise de 1939 pourrait apporter quelques pistes de réflexion sur la relation souvent ambivalente, voire ambiguë que nous entretenons avec les œuvres d’art.

Après une licence ès Lettres en histoire de l’art à l’Université de Genève, Mayte Garcia a occupé le poste d’assistante pour la période Renaissance et Baroque auprès de cette même université, de 1998 à 2005. En 2005, elle rejoint le Cabinet des estampes du Musée d’art et d’histoire en tant qu’assistante-conservatrice. Depuis 2012, elle a intégré le domaine beaux-arts de ce musée et s’occupe également de la valorisation de la photographie. Ses sujets de recherches concernent principalement l’art baroque espagnol et ses relations à la littérature, la conservation du patrimoine en situation de conflit, l’estampe ancienne, et plus particulièrement l’œuvre de Goya, ainsi que la photographie

crédits photos, BGE

Pour une histoire des pratiques musicales à Genève : XVIIe – XVIIIe siècle

Pour une histoire des pratiques musicales à Genève : XVIIe – XVIIIe siècle

par Mme Corinne Walker,
historienne

Jeudi 6 décembre 2018,
18 h. 30

Archives d’État de Genève, Ancien Arsenal
1, rue de l’Hôtel-de-Ville

Dès la seconde moitié du XVIe siècle, Genève s’impose comme un centre intellectuel et religieux attirant de nombreux étrangers qui ont contribué au développement des goûts et des pratiques musicales. Au XVIIIe siècle, loin de se limiter aux salons patriciens, la pratique de la musique se diffuse au sein de la bourgeoisie et dans le monde des artisans de la Fabrique, offrant des occasions de travail aux maîtres de musique et de danse, aux luthiers, voire aux graveurs de musique. Ainsi plusieurs musiciens étrangers se sont installés parfois durablement dans la cité où ils ont contribué, avec les artistes locaux, à l’épanouissement d’une vie musicale florissante en phase avec les grands courants stylistiques européens.

Corinne Walker a été assistante au département d’histoire de l’Université de Genève et a engagé une thèse sur le luxe à Genève sous la direction du professeur Bronislaw Baczko. Ses sujets de recherche portent sur l’histoire culturelle genevoise, l’évolution des sensibilités et des pratiques matérielles sous l’Ancien Régime. Outre ses études consacrées aux usages de la richesse et à la société des apparences, elle a publié en 2014 une Histoire de Genève du XVIe au XVIIIe siècle (éd. Alphil).
Également professeure de piano, Corinne Walker réunit ses deux passions dans son dernier livre Musiciens et amateurs. Le goût et les pratiques de la musique à Genève aux XVIIe et XVIIIe siècles publié en 2017 aux éditions La Baconnière Arts, en même temps qu’un double CD consacré aux musiciens genevois du XVIIIe siècle (éd. Clavès).

 
© Bibliothèque de Genève,
BGE Inv. Rig 1122

À cœur et à cri : Louis Dumur, un enfant des Tranchées

À cœur et à cri : Louis Dumur, un enfant des Tranchées

par Mme Françoise Dubosson et M. François Jacob,
commissaires scientifiques de l’exposition 

Jeudi 22 novembre 2018 à 18 h. 30

Archives d’État de Genève, Ancien Arsenal
1, rue de l’Hôtel-de-Ville

Louis Dumur (1863-1933) est un enfant de Genève. Certes, il a surtout vécu à Paris où il fut, pendant plus de trente ans, le directeur littéraire du Mercure de France. Mais son inspiration est d’abord genevoise. On la retrouve dans la fameuse « trilogie » constituée des Trois demoiselles du père Maire, du Centenaire de Jean-Jacques et de L’École du dimanche, où il fait revivre la Genève de la fin du XIXe siècle. On la trouve également dans les controverses qui ont alimenté son rapport à Genève : controverses religieuses bien sûr, mais également politiques, avec, en cœur de cible, l’épineuse question de la neutralité helvétique.
L’exposition proposée aux Archives d’État de Genève se propose, à partir de documents d’archives récemment mis au jour, de faire le point, grâce à Louis Dumur, sur ce que signifie véritablement, en ce début de vingtième siècle, être genevois.

Françoise Dubosson, enseignante à la Haute école de gestion de Genève, s’est intéressée à quelques personnalités genevoises de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième siècle, telles que Henry Dunant ou Gustave Ador, dont elle a contribué à publier la correspondance (Gustave Ador, Lettres à sa fille Germaine et à son gendre Frédéric Barbey, 1889-1928, 3 vol., Slatkine, 2009).

François Jacob, auteur de plusieurs ouvrages sur le dix-huitième siècle et ancien conservateur de l’Institut et Musée Voltaire, est à l’origine de la réédition de plusieurs textes de Louis Dumur et a parallèlement écrit une adaptation théâtrale d’Un estomac d’Autriche, qui sera créée à l’automne 2019.

Photo: Louis Dumur à la fenêtre du train le menant à Lausanne.

Archives cantonales vaudoises,
Fonds Famille Dumur, PP 538/186,
Olivier Rubin, photographe.

La collection invisible : manuscrits autographes de la bibliothèque Zweig aujourd’hui conservés à la Fondation Martin Bodmer

La collection invisible : manuscrits autographes de la bibliothèque Zweig aujourd’hui conservés à la Fondation Martin Bodmer

 

par Monsieur Marc Kolakowski, historien des religions

 

Jeudi 17 mai 2018 à 18 h. 30

entrée libre

Archives d’État de Genève, Ancien Arsenal
1, rue de l’Hôtel-de-Ville

 

Après la récente mise au jour à Genève d’une correspondance inédite entre le libraire viennois Heinrich Hinterberger, mandataire de Stefan Zweig pour la vente de sa célèbre collection d’écrits autographes, et le bibliophile Martin Bodmer, il apparaît que ce dernier procéda au cours de l’année 1936 à l’acquisition des manuscrits dont l’écrivain devait se séparer, contraint de quitter l’Autriche sous la menace grandissante du nazisme. Cet achat en bloc permit d’éviter la dispersion complète d’une collection déjà considérée à l’époque comme exceptionnelle. Mais Martin Bodmer ne se contenta pas de conserver ainsi la partie la plus importante d’un « ensemble plus digne de me survivre que mes propres ouvrages » (Zweig, Le Monde d’hier, 1942) : il exigea de Hinterberger qu’il lui fasse parvenir la totalité des pochettes, parfois abondamment annotées, dans lesquelles Zweig conservait ses documents. Ainsi, il put également recueillir le savoir exceptionnel de son prédécesseur en matière de manuscrits modernes et inscrire une part de son projet de bibliothèque de la littérature mondiale dans la continuité de celui-ci.

Marc Adam Kolakowski est co-responsable du projet « Autographes » au sein du Bodmer Lab (Université de Genève) et chargé de cours à l’Institut d’histoire et anthropologie des religions (Université de Lausanne).

Manuscrit autographe d’Arthur Rimbaud, extrait de « Comédie de la Soif », tiré du recueil des Illuminations (1886), manuscrit Bodmer R-28.1,
Fondation Martin Bodmer (Cologny, GE), avec pochette de conservation annotée de la main de Stefan Zweig.